Le 27 janvier 1945 était libéré le camp de concentration et d’extermination d’Auschwitz en Pologne. L’ONU a fait de cette date la Journée Internationale de Commémoration des Victimes de l’Holocauste. Comme tous les ans, de nombreuses écoles ont organisé des visites d’anciens camps.
A Comines-Warneton, plus précisément à l’institut Saint-Henri du Bizet, section professionnelle,  professeurs et élèves ont fait le bilan de leur visite d’Auschwitz au travers d’une exposition exceptionnelle à la MJC,  commémorant la libération des camps de concentration.
Le vernissage a eu lieu ce dernier vendredi, devant une nombreuse assistance. Pour l’occasion, de nombreux discours ont été prononcés et de nombreux remerciements exprimés pour l’investissement dans l’élaboration de cette exposition.

La fondation Auschwitz
Après l’inauguration de l’exposition, le public était convié à une conférence et témoignage de Mr Henri Goldberg, secrétaire de la Fondation Auschwitz. Il a débuté par la présentation de la fondation créée en 1980 par l’Amicale Belge des Ex-Prisonniers Politiques d’Auschwitz-Birkenau, Camps et Prisons de Silésie, avec pour premier objectif l’étude de l’histoire et de la mémoire des crimes et génocides nazis. Mr Goldberg précisera que pour mener à bien ses projets, la fondation s’est dotée d’un centre d’études et de documentation, « La Mémoire d’Auschwitz ASBL ». Les deux institutions œuvrent en commun, d’une part pour promouvoir des recherches scientifiques et des publications pluridisciplinaires en vue d’une compréhension élargie des processus historiques qui ont conduit à l’avènement du IIIème Reich, aux crimes et génocides nazis et, de l’autre, pour développer de multiples projets pédagogiques en direction des communautés éducatives.

Henri Goldberg : « L’enfant caché »
Depuis 1976, Henri Goldberg est secrétaire général de l’Amicale des ex-prisonniers politiques et déportés de Silésie, est aussi co-fondateur et secrétaire général de la Fondation Auschwitz. Il témoigne…
« Je suis né à Bruxelles, le 10 février 1935. En mai 1940, ma famille exode devant les troupes allemandes jusqu’à Toulouse. De là, nous avions la possibilité de prendre un bateau pour les Etats-Unis, mais les parents refusent car ma sœur alors âgée de 2 ans est malade et ils craignent ne pas avoir de soins médicaux sur le bateau. De ce fait, nous rentrons à Bruxelles et à partir d’octobre 1940, les allemands édictent 17 ordonnances en trois phases : recensement des juifs auprès des autorités communales, « désenjuivement de l’économie » (cela consiste à dépouiller les juifs de leurs biens) et enfin l’isolation sociale : les enfants juifs sont par exemple chassés des écoles publiques et à partir de juin 1942, les juifs, à partir de 6 ans doivent porter une étoile de David.
C’est également en 1942 que mon père est convoqué officiellement pour « travailler à l’Est », ce qui voulait dire être déporté à Auschwitz. Mon père refuse comme beaucoup d’autres d’y donner suite. Les allemands organisent alors des rafles grâce au recensement des juifs opéré lors de la 1ère phase des ordonnances allemandes.
En septembre 1942, notre quartier est cerné par des soldats allemands qui visitent les maisons où sont répertoriés des juifs et les emmènent sur le champ, y compris vieillards, malades et femmes enceintes.
Je me souviens que mon père est monté sur le toit de la maison, ma sœur hébergée par une voisine, ma mère m’emmène dans une maison où il n’y avait pas de juifs et je passe la nuit assis sur ses genoux dans une toilette située dans une cour.
Ensuite, la résistance me place chez une veuve, ma sœur chez des tenanciers de café fréquenté par des soldats allemands qui incitaient ma sœur (4 ans) à danser pour eux.
Mes parents se sont réfugiés dans un village près de Tournai où ils connaissaient des gens. Mon père a été arrêté deux fois : une première fois en allant chercher un cousin qui venait prendre livraison d’armes. Il s’est échappé du train conduisant à Auschwitz grâce à des outils que des cheminots avaient mis dans les wagons. La deuxième fois sur dénonciation. Il a été déporté à Auschwitz où il a subi le sort du million et demi de personnes qui ont été massacrées.
Ma mère a été cachée comme femme de chambre dans une famille de nobles belges. De 1943 jusqu’à la libération, j’ai été caché par la résistance dans le Nord de la France. Je m’appelais Henri Dubois. J’ai ensuite fait des études d’ingénieur et d’économiste tout en travaillant. J’ai terminé ma carrière professionnelle dans la filiale belge d’une multinationale allemande… »

« Ces jeunes seront nos yeux et nos oreilles »
Mr Goldberg participe également à de nombreux voyages à Auschwitz-Birkenau : « C’est un devoir de mémoire vis-à-vis de tous les déportés… ». Et lorsqu’on lui demande : Sentez-vous la jeune génération concernée ? Mr Goldberg précise : Elle est très curieuse de savoir ce qui s’est passé. A la génération précédente, celle de leurs parents, on n’en parlait pas, de peur de rallumer des querelles familiales. Aujourd’hui, les jeunes ont levé le tabou. Ils ont la chance de bénéficier de ces voyages scolaires, d’avoir accès à des lieux de mémoire. Le jour où on ne sera plus là, ces jeunes seront nos yeux et nos oreilles. Ils pourront dire qu’ils ont vu et entendu toutes les horreurs et répondre à ceux qui disent qu’il se n’est rien passé…

Ceux et celles qui n’ont pas eu l’occasion de se rendre au vernissage de l’exposition, il vous est encore possible de la visiter jusqu’au 7 février. N'hésitez pas, cela vaut vraiment le détour.

Les photos



On ne peut que féliciter les élèves de la section professionnelle de St Henri Le Bizet pour leur énorme travail.


Monsieur Henri Goldberg, secrétaire général de la fondation Auschwitz de Bruxelles.


Henri Goldberg : "L'enfant caché"


Le ruban inaugural a été coupé par le bourgmestre Gilbert Deleu et Gilbert Platteau...


Agé de 87 ans, cet homme qui vit des jours paisibles bien mérités au home St Joseph à Comines, a été arrêté en juillet 1944 : « Habitant Comines Ten-Brielen à l’époque, j’ai été dénoncé par un voisin qui portait…l’uniforme. Trois soldats allemands sont venus me chercher pour m’emmener. J’étais considéré comme un prisonnier politique et ils m’ont emmené à  Kalha en Allemagne. Là-bas, j’ai travaillé dans la montagne, dans une ancienne usine de porcelaine transformée pour la guerre en usine de montage des premiers avions à réaction. Je me souviens que nous avons été libérés par des américains noirs le 23 mai 1945, à l’heure du midi et il neigeait. A mon retour, j’avais perdu 40 kilos et j’ai appris le décès de mes parents… »


Une exposition très enrichissante.


Une nombreuse assistance très à l'écoute.